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Rv EXPERT crohn par : Dr NADIA LAHLOU, MÉDECIN TABACOLOGUE

Le Dr Nadia LAHLOU est médecin tabacologue. Elle exerce au Groupe hospitalier Paris Saint-Joseph. Co-auteur du livre « Arrêt du tabac : Rumeurs & Réalités »
Fumer nuit gravement à votre santé et à celle de votre entourage

à l’affiche : Crohn et arrêt du tabac

Arrêter de fumer / Cigarette / Sevrage / Tabac

questions abordées

Pourquoi arrive-t-on parfois à arrêter de fumer lors d’une hospitalisation par exemple, et pourquoi se remet-on à fumer après ?

Il faut bien prendre conscience que le fait de fumer c’est très complexe. Quand on fume, très rapidement, on devient dépendant et la dépendance elle-même est complexe, puisqu’il y a à la fois une dépense physique qui est liée à la nicotine, une dépendance psychologique et une dépendance comportementale. On voit qu’il y a vraiment plusieurs choses qui s’intriquent : du physique, du psychique, du comportemental.
Lors d’une expérience d’hospitalisation on peut arrêter quasiment du jour au lendemain, relativement facilement. Pourquoi ? C’est parce que, parfois, il y a des auto-conditionnements, psychologiques qui se font, et qui font qu’on n’a pas besoin de fumer pendant un certain temps. Par exemple, le cas le plus classique, ce sont des gens qui vont au cinéma, la plupart des fumeurs arrive à regarder un film pendant deux ou trois heures sans fumer. Pourtant ces mêmes personnes peuvent, dans une pièce, ne pas réussir à tenir deux ou trois heures sans cigarette. Comme quoi, là, il y a eu un auto-conditionnement qui s’est fait.
Quand on est hospitalisé, que l’on a tout d’un coup un événement de santé important, là aussi, tout d’un coup, cet événement de santé prend le pas sur le besoin de cigarette et on arrive à arrêter.
Après, pourquoi on reprend ? On reprend tout simplement parce que quand on arrête de fumer, on ne devient pas non-fumeur, on devient ex-fumeur. Et ça, c’est vraiment très important. C’est une nuance qui peut paraître subtile mais qui a toute son importance. Parce que qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que les récepteurs à la nicotine, qu’on a tous au niveau du cerveau, ont été activés pendant un certain temps chez le fumeur, parce qu’en fumant, vous apportez à chaque fois des décharges de nicotine qui stimulent les récepteurs. Le jour où vous arrêtez de fumer, ces récepteurs vont se désensibiliser, se rendormir, si on schématise un petit peu, mais ils vont toujours se souvenir que vous avez fumé et que vous avez bien aimé ça d’un point de vue psychologique. Donc, quand un ancien fumeur reprend une cigarette, ces récepteurs se réactivent très vite et il y a donc un nouveau besoin en nicotine qui se recrée très rapidement de manière très forte. Et c’est pour cela qu’un ancien fumeur, dans la majorité des cas, qui reprend une cigarette, va repartir sur deux, trois, quatre, cinq fois, sa quantité d’avant et même parfois, souvent plus. C’est vraiment important de garder ça en mémoire. Arrêter c’est une première phase et ensuite il y a le maintien de l’arrêt.

Y a-t-il une addiction au tabac au même titre que la drogue ?

Le tabac est une véritable addiction. On le ne sait pas assez. Il y a même des études scientifiques qui ont montré que la dépendance à l’héroïne était de la même intensité que celle à la nicotine. Ce qui vous explique pourquoi dans certains cas, c’est difficile d’arrêter. Fumer est une véritable addiction et c’est pour ça aussi qu’il y a besoin d’aide à l’arrêt du tabac dans un certain nombre de cas.

Quelles sont les méthodes pour arrêter de fumer ?

Il ne faut pas déjà culpabiliser si on a essayé d’arrêter de fumer juste avec sa volonté et que l’on n’a pas réussi. Aujourd’hui il y a des traitements qui ont prouvé leur efficacité. Ces traitements sont au nombre de trois types de médicaments plus un type particulier de psychothérapie. Les trois types de médicaments qui ont prouvé leur efficacité, c’est d’une part le bupropion, la varénicline et les substituts nicotiniques. Et il y a un type de psychothérapie qui s’appelle les thérapies comportementales et cognitives qui ont aussi prouvé leur efficacité pour aider les fumeurs dans leur démarche d’arrêt.
Les fumeurs peu dépendants physiquement vont arriver à s’arrêter de fumer seul sans aide particulière. Chez les fumeurs très dépendants, si par exemple il y a eu plusieurs rechutes, qu’on a arrêté de fumer, qu’on a repris à plusieurs reprises, qu’on n’arrive pas à se débrouiller tout seul par rapport à cet arrêt du tabac, il faut savoir qu’il y a des personnels de santé qui sont formés pour, que ce soient des infirmières, des médecins généralistes qui ont suivi une formation particulière, des médecins spécialistes et des tabacologues, qui vont pouvoir évaluer pour chaque fumeur le degré de dépendance à la fois physique, psychologique, comportementale et ainsi proposer une aide adaptée à chaque personne.

Comment évalue-t-on sa dépendance physique au tabac ?

Il y a des moyens pour évaluer cette dépendance physique au tabac. Il y a un test qui s’appelle le test de Fagerström qui est un texte très court en quelques questions, qui nous permet d’évaluer le degré de dépendance physique.

Quel est l’intérêt du CO testeur ? Démonstration

Le CO testeur permet de mesurer le taux de monoxyde de carbone que vous avez inhalé durant les dernières 24 heures et aussi de la manière dont vous tirez sur votre cigarette. Il faut savoir qu’un non-fumeur a un taux qui est compris entre zéro et cinq. Si un fumeur a un taux de 75 ça veut dire qu’il tire très fort sur ses cigarettes et qu’il inhale beaucoup de substances dont du monoxyde de carbone. L’avantage, c’est que dès que vous arrêterez de fumer, vous voyez que très rapidement, le taux se normalise.

Où passer le test du CO testeur ?

Tous les tabacologues ont un CO testeur, mais il y a aussi un certain nombre de médecins, non tabacologues, qui l’ont. Certains centres hospitaliers l’ont également. Si par exemple un jour vous allez faire des épreuves fonctionnelles respiratoires dans un service de pneumologie, en général, ils ont aussi cet appareil. C’est intéressant de se tester quand on a arrêté de fumer parce qu’on se rend compte objectivement du résultat.

Existe-t-il un lien entre la prise de traitements immunosuppresseurs comme les corticoïdes et l’envie de fumer ?

Il n’y a pas un effet direct du traitement sur l’envie de fumer. Néanmoins, si vous êtes sous traitement, vous dormez beaucoup moins et vous êtes plus stressé(e). Or, le fait de moins dormir implique plus d’heures d’éveil, donc plus d’heures pendant lesquelles on peut fumer. On est stressé, on recherche davantage sa réponse au stress qui est, quand on est fumeur, une cigarette et de ce fait, on fume plus.
Ce qu’il faut savoir par rapport au stress, c’est qu’une cigarette déstresse de façon courte. Quand on fume, dans les minutes qui suivent, on a l’impression que tout va bien. Par contre, le fait de fumer de manière régulière augmente le niveau de stress de base. En réalité un fumeur est beaucoup plus stressé qu’un non-fumeur. Beaucoup de gens craignent à l’arrêt du tabac d’être très énervés. Il faut savoir que si on a un bon traitement d’aide à l’arrêt du tabac, on n’est pas en manque, on n’a aucune raison d’être irritable ou agressif et au contraire, on va se sentir beaucoup plus détendu que lorsque l’on fumait.

Comment gérer la prise de poids à l’arrêt du tabac alors que certains traitements de la maladie de Crohn donnent faim ?

Si on regarde toutes les études internationales qui ont été faites sur la prise de poids à l’arrêt du tabac, la prise de poids à l’arrêt du tabac est en moyenne autour de trois kilos. C’est en moyenne. Ça veut dire que bien sûr, il y a des gens qui vont prendre dix, quinze kilos : en général les personnes qui prennent tant de poids fumaient beaucoup et arrêtent de fumer sans aucun traitement d’aide à l’arrêt du tabac. Ils sont en manque, et quand on est en manque, quel est le plus facile pour compenser ? C’est la nourriture. C’est à portée de main, ça va dans la bouche, ça occupe. Maintenant, il faut savoir qu’on a 20 % à 30 % des fumeurs qui arrêtent de fumer qui vont ne pas prendre du poids ou même maigrir. Après, on a tous les intermédiaires. Si on arrête de fumer avec un bon traitement, l’objectif qu’on a, par exemple en consultation de tabacologie, c’est de maintenir la prise de poids dans une fourchette de deux à trois kilos. Parce que ce qu’il faut savoir aussi, c’est que lorsque l’on fume, on pèse en moyenne deux à trois kilos de moins que si l’on ne fumait pas. La tendance de l’organisme à l’arrêt du tabac, c’est de reprendre ces deux, trois kilos.
Normalement, quand on arrête de fumer avec un bon traitement, il n’y a pas tous ces soucis. Maintenant, être sous substituts nicotiniques, c’est une chose, après il faut avoir suffisamment de substituts nicotiniques. C’est-à-dire que certaines personnes se retrouvent en sous-dosage, elles n’ont pas une dose suffisante de substitut nicotinique. Le manque n’est pas extrême, mais il y a un manque intermédiaire et donc, il y a une compensation intermédiaire. Là, il peut y avoir aussi une prise de poids.

Pourquoi utiliser des substituts nicotiniques pour arrêter de fumer ?

Pour qu’il soit efficace un traitement doit être à la bonne dose. C’est un impératif. Ce qu’on recherche par exemple avec les substituts nicotiniques, c’est d’apporter à l’organisme une quantité de nicotine équivalente à celle que recevait le fumeur avec ses cigarettes pour éviter qu’il soit en manque. Alors, vous allez me dire « alors pourquoi redonner de la nicotine avec des substituts, alors qu’on dit que fumer ce n’est pas bien ? ». Au niveau de la cigarette, il y a à peu près 4 000 substances libérées par la fumée de cigarette et qui sont inhalées par le fumeur. Dans ces substances, on retrouve le monoxyde de carbone, des goudrons, des substances irritantes et de la nicotine qui rend dépendant. Mais elle rend dépendant parce que, lorsque l’on fume, cette nicotine passe dans les poumons, puis dans les artères et en quelques secondes elle arrive au niveau du cerveau, au niveau des récepteurs à la nicotine.
Quand on prend des substituts nicotiniques, par exemple un patch, la nicotine va passer à travers la peau, puis à travers les veines. Si on a des formes orales, par exemple une pastille à sucer, on la met le long de la joue et elle passe aussi dans les veines. Elle va diffuser de manière douce et lente. Donc, la nicotine ne stimule pas les récepteurs et n’entraîne pas de dépendance. C’est la grande différence entre la cigarette et les substituts.

Quelle est la durée de traitements par substituts nicotiniques ?

Dans l’idéal, l’arrêt du tabac ça va être du jour au lendemain. Vous allez dire « dimanche j’arrête de fumer », le dimanche vous arrêtez de fumer, vous avez votre traitement par substituts nicotiniques et pour un fumeur qui est à un paquet par jour, la durée de traitement va être en moyenne trois mois, sachant que si on a besoin que ça dure un peu plus longtemps, c’est possible.

Comment mettre toutes les chances de son côté pour arrêter de fumer ?

Il n’y a aucun traitement miracle ! C’est-à-dire que le traitement qui fait tout, tout seul, n’existe pas. Pour qu’un traitement, qu’une aide à l’arrêt du tabac soit efficace, il faut trois choses :
– il faut être motivé. C’est-à-dire qu’il faut prendre une décision claire et ferme dans sa tête de dire « voilà, j’ai fumé pendant un certain temps, maintenant pour moi, c’est mieux d’arrêter. A partir de tel jour, ça sera zéro cigarette ».
– si on a une dépendance physique, il faut avoir un traitement adapté qui permet d’aider à faire en sorte qu’on ne souffre pas de manque à l’arrêt.
– il faut agir sur la dépendance psychologique et comportementale et arriver à changer ses habitudes. Et là, ça marchera.

Que penser de la méthode de réduction progressive de la cigarette ?

La méthode de réduction progressive peut marcher, mais il faut le faire d’une manière très précise. C’est-à-dire que si vous diminuez uniquement votre nombre de cigarettes, de vous-même vous vous dites « je vais en fumer vingt, demain ça sera dix », vous arriverez peut-être à tenir les dix cigarettes, mais votre organisme est malin : vous lui donnez moins de cigarettes mais il veut sa dose, il va donc vous faire tirer deux fois plus fort. Vous allez diminuer le nombre de cigarettes, mais pas la quantité de toxiques inhalée.
Maintenant, si on veut faire une stratégie de réduction progressive, ce qui est conseillé c’est de prendre des substituts nicotiniques par voie orale et on alterne la prise de cigarettes avec la prise de pastilles ou de gommes à mâcher à la nicotine, comme ça l’organisme a déjà une certaine dose de nicotine et quand vous allez fumer, vous allez tirer « normalement » sur votre cigarette, et donc, pas inhaler plus de substances. Et là, on pourra faire une démarche efficace. Et ce qu’il faudra, c’est de vous donner des objectifs de réduction très précis et suivre ça au jour au jour et à la semaine la semaine. Et on peut y arriver comme ça aussi.

Est-ce que cela a un sens de diminuer sa consommation de cigarette à 1 par jour ?

C’est très très rare de pouvoir diminuer sa consommation de cigarette à 1 par jour. C’est le souhait de la majorité des fumeurs de pouvoir garder la cigarette plaisir. Mais ceux qui y arrivent, sont très très rare. Si vous avez été un vrai fumeur, régulier, et que vous arrêtez de fumer, arrêtez totalement. A zéro cigarette. Pourquoi le zéro ? Parce que sinon dans la majorité des cas, si vous refumez une bouffée, une cigarette ou deux, ça va repartir à deux, trois, quatre, et puis si ça se trouve, un paquet ou même plus. Par ailleurs, au niveau de la santé, même fumer deux ou trois cigarettes par jour, ce n’est pas bon pour la santé.

Est-il vrai que le tabac fatigue ?

C’est réel, le tabac fatigue. En effet, le monoxyde de carbone prend la place de l’oxygène dans le sang et les muscles. Votre organisme est moins bien oxygéné et de ce fait, vous êtes plus fatigué. Normalement, quelqu’un qui arrête de fumer va se sentir beaucoup plus en forme, avoir un sommeil plus réparateur et retrouver la pêche.
Certaines personnes ont l’impression qu’intellectuellement elles sont plus stimulées quand elles fument ; c’est une impression et c’est réel à la fois. La nicotine a un effet psychostimulant. C’est pour ça qu’un certain nombre de personnes, quand elles travaillent, qu’elles ont à écrire des dossiers, etc., ont besoin de leur cigarette pour se concentrer, ça leur donne un petit peu plus de tonus intellectuel. Par contre, il faut bien se dire que des non-fumeurs arrivent à être actifs intellectuellement et des ex-fumeurs aussi. Ça ne doit pas être un frein à l’arrêt. Il y a une période d’adaptation qui se refait et il n’y aura aucun souci pour être efficace intellectuellement.

Pourquoi certaines personnes arrivent-elles facilement à arrêter de fumer, par exemple lors d’une grossesse, et pas quand elles déclarent une maladie de Crohn ?

Ce n’est pas tout à fait la même situation. On est enceinte, en général on est contente de l’être. Quand on apprend qu’on a une maladie, ce n’est pas tout à fait le même contexte. En plus, quand on est enceinte, on n’est pas seule, on a son futur bébé, donc, ça motive aussi et certaines femmes ont des nausées et qui ne supportent, de toutes les manières, plus l’odeur de la cigarette. Ça, ça aide encore plus. C’est donc un contexte complètement différent. Après, il y a la dépendance qui est là. Il faut savoir qu’il y a des femmes enceintes qui sont au bord des larmes parce qu’elles n’arrivent pas à arrêter de fumer, alors qu’elles aimeraient arrêter pour elles et leur bébé. Il y a aussi cette fameuse dépendance qui est là et parfois, on n’y arrive pas tout seul. Et la motivation à l’arrêt du tabac, des fois, on a de la chance, elle vient toute seule, c’est-à-dire qu’un jour on se dit « oui, ça y est je vais arrêter de fumer » et on entame la démarche et il y a des jours où on se raisonne et on doit se pousser un petit peu. On doit se dire « allez, je sais que c’est mieux pour moi, pour mon porte-monnaie, pour ma famille, etc. A partir de tel jour, j’arrête de fumer et je mets en place tout ce qu’il faut pour », mais il faut se pousser.

Que faire concrètement dès lors que l’on a pris la décision d’arrêter de fumer ?

Quand il y a déjà eu plusieurs fois des démarches d’arrêt avec des rechutes, je conseillerais de voir quelqu’un qui puisse vous aider dans une démarche d’arrêt. Ce qui est alors intéressant, c’est d’analyser le parcours de fumeur et d’arrêt du tabac pour voir ce qui a marché, ce qui n’a pas marché, et vous aider dans cette démarche nouvelle pour que vraiment cette fois, ça soit un arrêt qui se passe bien, un arrêt total à zéro.
Vous pouvez aller voir soit votre médecin traitant, lui poser la question. Un certain nombre de médecins traitants aident les fumeurs dans leur démarche et si jamais il ne s’engage pas dans cette démarche-là, il y a en effet, des médecins tabacologues que vous pouvez consulter.

Peut-on arrêter de fumer seul ou doit-on systématiquement se faire accompagner ?

Ça dépend comment vous le ressentez, c’est ça que c’est le plus important. Soit, vous vous dites « je suis vraiment motivé, je sais comment il faut faire, je sais ce que je dois prendre et je vais arriver à gérer toute seule » et vous pouvez très bien le faire toute seule. Si vous dites « j’ai déjà essayé plusieurs fois, ça n’a pas très bien marché, j’aimerais en discuter avec quelqu’un, avoir des informations, avoir des conseils personnalisés », là, il vaut mieux aller consulter et ensuite, vous faites le point avec la personne que vous avez consultée, vous voyez ensuite si vous souhaitez aussi avoir un suivi ou pas. Ce n’est pas ce que l’on y va une fois qu’on est obligé aussi après, d’y aller tout le temps. Mais des fois, c’est bien de faire un point.

Où peut-on consulter un tabacologue ?

Les tabacologues ne sont pas qu’à l’hôpital. Vous pouvez en trouver soit dans les services hospitaliers, soit ils sont au sein de services, par exemple, de pneumologie et de médecine interne, ou alors, il y a des consultations spécifiques dédiées au tabac qui s’appellent « consultations de tabacologie ». Ces consultations se trouvent aussi dans des centres de santé et il y en a également qui sont faites par certains médecins en libéral, en ville.

Les consultations de tabacologie sont-elles remboursées ?

Les consultations sont assurées par des médecins. Dans les maternités aussi, il y a des consultations qui sont faites par des sages-femmes. Mais quand vous allez dans une consultation de tabacologie, elle est facturée au prix d’une consultation soit de médecin généraliste, soit de médecin spécialiste selon la catégorie du médecin et c’est remboursé de façon habituelle par la sécurité sociale.

A quoi servent les consultations de tabacologie ?

Une consultation de tabacologie va vous aider à comprendre pourquoi vous, vous avez du mal à arrêter de fumer, si vous avez déjà essayé et que vous n’avez pas réussi. Quelles sont vos problématiques par rapport à l’arrêt du tabac, parce qu’on sait par exemple qu’il y a des gens qui ont aussi des problèmes associés avec l’alcool, la prise de poids, etc. qui peuvent être des freins, ou qui ont des problèmes d’anxiété, de dépression qu’il faut prendre en charge aussi. Tout ça, va être pris en charge au niveau de la consultation de tabacologie. Il faut discuter avec vous, justement, de votre motivation, savoir où vous en êtes aujourd’hui et comment on peut vous aider à la faire bouger et à l’augmenter si jamais votre motivation n’est pas très forte.
Il faut savoir que même si on n’est pas très motivé mais qu’on met en place une stratégie d’arrêt du tabac, et qu’on la met en place ensemble, c’est-à-dire le patient et la personne qui vous accompagne et que vous êtes prêt à jouer le jeu, ça peut marcher. Et ça marche très bien.

L’arrêt du tabac n’est-il pas la fin d’un « plaisir » ainsi qu’une contrainte supplémentaire pour les malades de Crohn ?

La notion de plaisir avec la cigarette, c’est clair qu’il y a un certain nombre de cigarettes dans la journée qui sont des moments de plaisir pour les fumeurs. Mais ce qu’il faut se dire, quelqu’un qui fume un paquet par jour, je suis quasiment sûre qu’il n’y a pas vingt cigarettes dont toutes les bouffées sont des bouffées de plaisir. Déjà, ça en fait un certain nombre que l’on peut éliminer. Après, il faut essayer de se trouver d’autres plaisirs à la place de la cigarette. C’est important. C’est vrai qu’arrêter de fumer, c’est une décision qui n’est pas toujours facile à prendre. Il faut chercher ce que l’on pourrait avoir d’autre comme plaisir ? Est-ce que c’est une activité qu’on met en place ? Est-ce que c’est une boisson particulière qu’on va se faire et qui sera un moment de pause ? Tout ça est à travailler avec chaque personne.
Pour l’autre partie de la question qui était sur l’aspect contraignant, on a déjà un certain nombre de traitements du fait de sa maladie de Crohn et en plus on va devoir aller à des consultations, aller prendre un traitement pour aider à contrôler sa dépendance physique au tabac, etc. C’est vrai que ça demande un certain investissement. Par contre, ça va permettre quand même beaucoup de bénéfices notamment au niveau de la maladie de Crohn. Comme vous le savez, continuer de fumer va favoriser les poussées de la maladie. Arrêter de fumer va avoir un impact bénéfique sur votre maladie de Crohn. C’est quand même un arrêt du tabac qui en vaut la peine.
Il faut parfois se dire que mettre des substituts nicotiniques, par exemple, pendant trois mois pour après avoir une maladie de Crohn qui soit moins intense avec des poussées moins sévères, un traitement peut-être plus léger, ça vaut la peine. Le suivi par un tabacologue par exemple, n’est pas obligatoire, c’est vraiment selon votre choix, si vous avez envie d’avoir cette aide complémentaire. Puis, les consultations ne sont pas très fréquentes non plus, c’est quand même quelque chose qui n’est pas très lourd.

Est-ce que l’arrêt du tabac est une priorité pour les malades de Crohn ?

La nocivité du tabac est quand même bien prouvée, elle l’est de plus en plus tous les jours, il y a de nouvelles études qui sortent et ça va concerner tous les organes des pieds à la tête. Il y a toutes les pathologies qui sont connues comme les maladies pulmonaires, les maladies cardiaques, mais il y aussi plein de choses sur le rein, la vessie. Vraiment, tous les organes sont touchés par le tabac, c’est une nocivité qui est importante.
En plus, quand on a une maladie de Crohn, c’est ce qu’on a dit un petit peu tout à l’heure, le fait de fumer fait que la maladie est plus agressive. Ça, ce sont déjà des bonnes raisons.
Par rapport à vos traitements, c’est vrai qu’il y a des traitements qui ont des effets secondaires, mais ces traitements on vous les donne parce qu’au jour d’aujourd’hui, c’est ce qui aide à contrôler votre maladie et à faire en sorte que les poussées soient contrôlées et que vous puissiez vivre le mieux possible par rapport à votre maladie. Je crois que d’un côté, il y a quelque chose qui, aujourd’hui, est nécessaire pour vous aider dans la prise en charge de votre maladie et de l’autre, il y a le tabac qui est peut-être un plaisir à certains moments, mais qui est surtout quelque chose de nocif pour vous et votre santé.

Y a-t-il des contre-indications aux traitements utilisés dans le sevrage tabagique ?

Le Bupropion a un certain nombre de contre-indications formelles. Au niveau de la Varénicline… alors, il faut savoir que parmi les traitements que je vous ai cités, la Varénicline et le Bupropion sont obligatoirement sur prescription médicale, donc, vous devez obligatoirement voir un médecin si vous souhaitez bénéficier d’un de ces traitements. Les substituts nicotiniques eux, par contre, sont en vente libre. Ce qui veut dire que vous pouvez aller en pharmacie et avec le pharmacien déterminer ce dont vous avez besoin et l’acheter. Ceux qui sont sur prescription médicale, votre médecin fera un point avec vous sur vos pathologies et voir si le traitement est indiqué ou non.
Il faut savoir aussi que les substituts nicotiniques sont autorisés chez les femmes enceintes, ce qui est important parce que beaucoup de femmes enceintes pensent n’avoir droit à aucun traitement pour les aider à arrêter de fumer. Les substituts nicotiniques peuvent être recommandés dans certains cas.

Les substituts nicotiniques sous forme de pastilles ou de gommes sont-ils appropriés quand on a une maladie de Crohn ?

On oublie parfois que lorsque l’on fume, ce n’est pas qu’une substance que l’on prend, mais c’est 4 000 substances. La fumée de cigarette dégage 4 000 substances que vous inhalez à chaque bouffée et qui vont dans votre organisme. Déjà là, vous avez 4 000 fois plus de chances qu’il y ait un petit truc qui n’aille pas très bien.
Quand vous prenez une pastille, le principe ce n’est pas de les sucer, de les faire passer dans le tube digestif, mais c’est de les mettre le long de la joue et de les laisser fondre pour que ça diffuse dans les petits vaisseaux des joues. Ça passe dans la voie sanguine. Normalement, il ne devrait pas y avoir de souci. Il y en a un petit peu qui passe dans le tube digestif, mais si vous l’utilisez bien, la majorité doit passer dans les petits vaisseaux.

Est-ce que la sécurité sociale rembourse les traitements pour le sevrage tabagique ?

Un petit détail pratique pour les substituts nicotiniques et aussi pour la Varénicline, il faut savoir que maintenant la Sécurité Sociale rembourse déjà depuis un certain temps 50 euros par an et par personne, que certaines mutuelles remboursent aussi une partie du traitement et que pour être remboursé il faut une ordonnance et la facture du pharmacien que vous donnez à votre centre de Sécurité Sociale. C’est une aide complémentaire.
Et aussi, point à préciser, quand on fume à peu près un paquet par jour pendant un mois, on dépense au moins 150 euros par mois. Les traitements d’aide à l’arrêt du tabac reviennent beaucoup moins cher que ça.
 

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