Envoyer à un ami Imprimer
> Accueil > La maladie de Crohn > Les vidéos d'experts > Maladie de crohn et voyages

Rv EXPERT crohn par : DR PHILIPPE FALLOURD, GASTRO-ENTÉROLOGUE

Le Dr Philippe Fallourd est gastro-entérologue. Il est médecin chef au sein d’un groupe d’assurance où il travaille à des actions spécifiques en faveur des personnes présentant certains risques aggravés. Il est par ailleurs membre du conseil d’administration de l’Association François Aupetit (AFA).

à l’affiche : Maladie de crohn et voyages

Etranger / Maladie de Crohn / Mission / Voyages

questions abordées

Peut-on sereinement partir en mission ou en voyage de plusieurs mois à l’étranger quand on a une maladie de crohn ?

Un malade peut partir sereinement en mission ou en voyage de plusieurs mois à la condition d’avoir pris certaines précautions élémentaires et d’avoir organisé son voyage quelques semaines avant. En effet, il doit envisager un départ lorsque sa maladie sera stabilisée, c’est-à-dire ne pas avoir fait de poussées dans les six mois qui précèdent, avoir bien suivi son traitement et avoir fait, si le traitement le nécessite, la surveillance biologique indispensable. Mais, effectivement, il est tout à fait possible de partir comme une personne qui a une maladie chronique stabilisée et d’aller voyager dans pratiquement tous les pays du monde.

Quelles démarches doit-on faire vis-à-vis de la sécurité sociale quand on part plusieurs mois à l’étranger ?

Pour un malade part à l’étranger pour son travail, la démarche à suivre va dépendre du temps qu’il va passer en mission pour son entreprise. Très schématiquement, s’il part moins de 24 mois en mission, il n’aura pas à faire de démarche particulière. Par contre, au-delà de ces 24 mois, il devra souscrire une assurance complémentaire. 2 options s’offrent à lui :
· Il peut souscrire une assurance complémentaire auprès de la Caisse des Français de l’Etranger (CFE) qui est le complément de notre Sécurité Sociale en sachant qu’au-delà de 45 ans, il y a une sélection médicale. De plus, il sera obligé d’adosser à la CFE une mutuelle complémentaire pour d’éventuels soins qui ne seraient pas pris en charge par cette CFE ;
· Ou il peut prendre un contrat au premier euro, qui pourra être donné par son entreprise sans sélection médicale. Si c’est une toute petite entreprise, il peut y avoir une sélection médicale, voire des surprimes. Mais cela, c’est son entreprise elle-même qui sera à même de lui donner toutes ces précisions et de lui poser un contrat qui devrait lui convenir.

Que doit-on préparer, d’un point de vue médical, avant de partir à l’étranger ?

Avant de partir à l’étranger, un malade demande logiquement l’avis de son médecin traitant et de son gastro-entérologue. Il devra partir avec un dossier conséquent, à savoir un résumé, si possible en anglais, de son observation, voire un compte rendu d’hospitalisation. Il devra avoir les photocopies de ses ordonnances avec la dénomination commune internationale de ses médicaments, ce qui permettra aux médecins étrangers, en cas de besoin, de pouvoir retrouver très facilement les médicaments indispensables. Enfin, si c’est possible, son gastro-entérologue pourra lui conseiller une filière, un médecin gastro-entérologue, un hôpital où il pourra être pris en charge dans les meilleures conditions sur place.

Comment gérer son traitement quand on part plusieurs mois à l’étranger ?

Pour les traitements dits classiques en comprimés : le patient peut emmener une certaine quantité de médicaments en faisant jouer ses relations privilégiées avec son pharmacien, la complicité de son gastro-entérologue, voire du médecin d’assurance qui l’assurera, ou du médecin-conseil de la Caisse des Français de l’Etranger (CFE). Ces médicaments pourront être donnés pour six mois, voire pour un an. Ils pourront être éventuellement expédiés, amenés par ses proches. Cela ne comporte pas de grandes difficultés.
Pour les anti-TNF, la difficulté est de vérifier la possibilité d’avoir son traitement anti-TNF sur place et de savoir si ce traitement peut être amené à l’étranger. Selon son mode d’utilisation, l’anti-TNF peut être fourni sur place à l’hôpital ou être transporté par le patient si c’est un traitement ambulatoire. Pour cela, il faudra qu’il ait un accord de la douane et de la compagnie aérienne. Le mieux reste de demander l’avis de son gastro-entérologue, mais également de se rapprocher du médecin, du laboratoire, du pharmacien qui pourront lui donner la conduite à tenir pour avoir ces médicaments.
Le patient lui-même est en droit d’écrire au médecin de la Sécurité Sociale ou de téléphoner au médecin de la CFE, mais le gastro-entérologue peut aussi rédiger un courrier au médecin de la CFE, voire le contacter pour avoir la quantité suffisante et pour organiser au mieux le traitement par les anti-TNF, en gardant en tête le coût du médicament et l’acheminement.

Doit-on avoir recours à une assurance complémentaire pour couvrir le traitement délivré à l’étranger ?

On peut avoir une assurance complémentaire pour couvrir le traitement et, dans ce cas, il y a deux courtiers et deux assureurs concernés par ces voyages outre-mer ou à l’étranger. On peut effectivement avoir un accord en cas de traitement dit classique par comprimé jusqu’à un an, voire un acheminement qui peut être fait par certains organismes privés pour que ces médicaments soient donnés.
Concernant les anti-TNF, cela sera décidé au cas par cas, en fonction du médicament et de la manière dont il sera trouvable sur le lieu de séjour et surtout le prix de ce médicament à l’étranger.
Il faut s’y prendre au moins deux mois avant pour analyser les contrats, et surtout pour organiser au mieux son séjour et l’endroit où l’on pourra trouver son médicament.

Comment sont pris en charge les soins médicaux à l’étranger ?

La situation va varier suivant que l’on décide de voyager en Europe ou à l’extérieur de l’Europe.
En Europe, la maladie de Crohn sera prise en charge comme elle l’aurait été en France. Attention toutefois : le remboursement sera effectué au retour en France et il sera effectué lorsque les soins auront été donnés dans un hôpital public.
A l’extérieur de l’Europe on va pouvoir être pris en charge comme un résident étranger notamment au Québec ou au Maghreb. Attention toutefois : le remboursement des soins sera fait au retour en France en sachant que la Sécurité Sociale remboursera ce qu’elle aurait payé en France.
Et dans les pays où il n’y a pas d’accord, en particulier en Asie, il y aura nécessité de faire une avance des soins et de ramener toutes les factures qui seront bien évidemment décortiquées. La base de remboursement sera faite par la CPAM ou la Caisse des Français de l’Etranger (CFE) en fonction de ce qu’elle aurait versé en France.
Il est recommandé de visiter le site Internet du CLEISS (Centre des Liaisons Européennes et Internationales de Sécurité Sociale) www.cleiss.fr ou de se rapprocher de l’afa (association de patients) pour avoir plus de renseignements.

Que faire en cas d’hospitalisation à l’étranger ?

A l’étranger il est fondamental que le malade choisisse bien son hôpital et se renseigne pour savoir si les frais occasionnés par cette hospitalisation dans cet hôpital entraîneront un remboursement. La prise en charge n’est pas toujours en ligne avec l’hospitalisation. Si vous êtes hospitalisé dans un service privé, il est tout à fait possible que la Caisse des Français de l’Etranger (CFE) ne prenne pas en charge cette hospitalisation. Donc, il est important de savoir : Est-ce le bon hôpital ? Est-ce que je vais être remboursé ?
Ensuite, il faut prévenir l’éventuelle assistance complémentaire que l’on a prise, voire l’assistance rapatriement – indispensable- pour savoir s’il a été prévu une avance de ces frais de santé. En effet, en France, les coûts de santé sont dans les moins chers au monde et dès que l’on va dans d’autres pays, les frais peuvent être exorbitants comme USA et au Canada. C’est moins cher en Asie du Sud-Est, mais cela reste extrêmement onéreux. Donc, il faut se renseigner avant l’hospitalisation pour savoir exactement dans quel service, avec quel spécialiste et également quelles sont les conditions de prise en charge des frais occasionnés.

Comment savoir si mon assurance complémentaire couvre mon hospitalisation à l’étranger ?

A l’étranger on peut être assuré avec sa carte bancaire en sachant que c’est une carte qui s’adresse à la fois aux voyages, à la montagne, un peu partout et avec des restrictions. Cela nécessite de bien connaître ce qui est écrit dans la notice de sa carte, à savoir que, habituellement, l’assurance sera prise uniquement dans les 90 jours qui suivent le départ de France.
Il faut également savoir que la prise en charge ne marchera qu’en cas de maladie préexistante et qui n’aura pas nécessité dans les six mois une hospitalisation, même ambulatoire. A ce moment-là, c’est une clause d’exclusion et vous ne serez pas pris en charge, d’où l’importance de bien lire ces notices, de savoir « ses pièges » et de choisir des assurances complémentaires sans limitations de garantie.

Comment choisir son assurance complémentaire ?

Choisir son assurance complémentaire est extrêmement difficile et les patients qui ont l’habitude d’aller sur le Net doivent garder cette habitude pour comparer les prises en charge et les différentes possibilités. Très schématiquement, lorsque l’on a des contrats dits « groupe » où il y a plus de cinq assurés, il n’y a pas d’exclusion de la maladie de Crohn. Le patient sera assuré comme n’importe quelle personne qui part à l’étranger.
Si vous décidez de souscrire un contrat de manière individuelle, il peut se poser des problèmes. D’abord, il y a peu d’assureurs qui font ce type de contrat ; certains vont demander des surprimes qui peuvent être conséquentes, dépendant de l’état du patient, mais également du lieu où il va séjourner et qui peuvent faire l’objet d’un refus de prise en charge. Donc, il faut vraiment se renseigner.
Par Internet, il faut aller chez certains assureurs, certains courtiers sont très spécialisés dans les voyages à l’étranger, avec des plateformes ouvertes 24 heures /24, avec des médecins qui connaissent bien ce type de pathologie et qui sont à même de vous donner un accord pour la prise en charge ou non. C’est quelque chose que nous devons développer avec l’association de patients (afa) pour pouvoir améliorer ces prises en charge et qu’il n’y ait pas de zone aveugle pour les patients qui ont du mal à anticiper un évènement non prévu.

Comment s’organise un rapatriement en cas de poussée de la maladie à l’étranger par exemple ?

Pour qu’un rapatriement se passe bien il faut avoir choisi une bonne assurance rapatriement et avoir tous les éléments à fournir au médecin d’assistance qui devient alors le médecin responsable, le médecin chef d’orchestre. C’est le médecin d’assistance qui va tout organiser en faisant la liaison entre le médecin local qui aura pris en charge le patient à l’hôpital et les médecins référents en France, que ce soit son gastro-entérologue, son médecin traitant référent, ou un gastro-entérologue hospitalier. Pour que cette prise en charge se passe en totale transparence et pour des raisons de déontologie et d’éthique médicale, il faudra que le patient faxe une autorisation pour pouvoir partager les données médicales qu’il aura fournies à ce médecin « assisteur ». A partir du moment qu’il a l’autorisation du patient, ce médecin va prendre contact avec les différentes personnes et va juger de la meilleure manière de prendre en charge le rapatriement :
· avec appareil sanitaire ou pas ou uniquement avec une infirmière ?
· avec l’aide d’un proche pour soutenir le parent en souffrance à l’étranger ?
La médecin « assisteur » va organiser cela et il faudra suivre à la lettre cette démarche qui est faite uniquement dans l’intérêt du patient. Sinon, il se désistera et ne s’occupera plus du problème. Mais tout se passe vraiment pour le mieux avec l’aide des médecins référents, notamment en France.

Une personne hospitalisée à l’étranger peut-elle demander à son assurance à être rapatriée afin d’être soignée en France ?

Cette demande pourra être acceptée, comme refusée. Si les soins ne méritent pas un rapatriement en urgence ou si les soins locaux sont de même qualité qu’en France, le patient sera traité sur place et son retour sera organisé après. Tout dépend de la prise en charge, de la qualité du réseau de médecins sur place et de la manière dont c’est appréhendé. Même si la personne préfère revenir parce qu’elle est suivie par son gastro-entérologue et qu’il y a tout une équipe, c’est le médecin « assisteur » qui connaîtra localement et qui pourra conseiller un hôpital, car les médecins « assisteurs » savent très bien dans quels hôpitaux la prise en charge de la maladie de Crohn est aussi bien effectuée qu’en France. Il faut faire confiance à l’« assisteur » quitte à demander au médecin référent gastro-entérologue ou autre des explications complémentaires et leur point de vue.

Que faire si la sécurité sociale s’oppose à ce que le gastro-entérologue prescrive plus de 3 mois de traitement en vue d’un séjour à l’étranger ?

Le mieux est de dialoguer avec le médecin-conseil de la Sécurité Sociale qui est un médecin à part entière et qui doit voir les enjeux de cette prise en charge. Il n’y a pas de refus d’un médecin-conseil de Sécurité Sociale pour peu que le gastro-entérologue lui explique les aboutissements de ce traitement, lui ait joint un certificat médical avec tous les éléments, tous les antécédents du patient et la plupart du temps on obtient un agrément. Si on n’a pas cet agrément, le rôle du médecin gastro-entérologue est de demander au médecin-conseil de Sécurité Sociale de proposer une solution qui peut aller du retour en France (pour faire d’éventuelles perfusions) à la livraison du traitement par un proche. Toutes les solutions doivent être ouvertes et l’afa (association de patients) peut avoir un rôle pour aider ce dialogue. Il faut favoriser l’échange avec le médecin conseil qui est là pour aider à la prise en charge. Tout est question de communication.

Quelle est la protection sociale des étudiants atteints de maladie de crohn à l’étranger ?

La prise en charge de l’étudiant est souvent difficile parce qu’on ne sait jamais vraiment combien de temps le séjour va durer entre les études et le voyages d’agrément.
Il faut se renseigner au CLEISS (Centre des Liaisons Européennes et Internationales de Sécurité Sociale).
www.cleiss.fr
On peut se renseigner aussi au niveau du CROUS (Centre Régional des Œuvres Universitaires et Scolaires) pour connaître les solutions existantes. On est tout à fait en droit de s’adresser à la Caisse des Français de l’Etranger (CFE) et de prendre une mutuelle complémentaire en précisant son cas et en comparant les quelques complémentaires santé pour choisir celle qui correspond le mieux. Enfin, il existe un contrat transeuropéen qui couvre bien, mais il est assez onéreux.
Il n’y a pas de solution idéale, mais il y a des possibilités basiques s’il y a un gros pépin de santé pour pouvoir s’assurer.

Quel régime d’assurance adopter à son retour en France après un séjour de longue durée à l’étranger ?

Il y a deux cas de figure :
Si vous avez décidé de rester sur la CFE (Caisse des Français de l’Etranger ) avec une mutuelle complémentaire, votre retour dans le giron de la mère Sécurité Sociale se fera sans aucun délai et vous garderez tous vos droits aux invalidités depuis le temps que vous étiez à la Sécurité Sociale.
Si vous aviez un contrat au premier euro, vous ne rentrez pas nécessairement tout de suite. Il peut y avoir un délai et vous réintégrerez ensuite la Sécurité Sociale.
L’important est que la prise en charge extra-muros, à l’extérieur de la France, soit optimale, que les frais de soin soient les mieux garantis et remboursés.

En résumé : que faut-il savoir et prévoir avant de partir plusieurs mois à l’étranger quand on a une maladie de crohn ?

D’abord, partir à l’étranger, c’est vivre comme toute personne. Voici les 10 conseils à suivre :
· assumer cette maladie de Crohn ;
· connaître toutes ses complications, tout ce qui peut arriver, anticiper, bien préparer ;
· aller sur le Net pour comparer ;
· demander conseil à son médecin hospitalier, à son médecin libéral ;
· avoir ses vaccinations à jour ;
· poursuivre l’obligation d’avoir un bon suivi (c’est l’observance thérapeutique) ;
· être toujours vigilant (par exemple, faire les prises de sang pour les traitements oraux) ;
· savoir qu’en cas de diarrhée, ce n’est pas nécessairement la turista ;
· être vigilant, continuer à l’être ;
· dialoguer avec le médecin-conseil de Sécurité Sociale
Les patients qui voyagent ont une bonne écoute de la part de leurs médecins: référents, hospitaliers. Et ils peuvent se rapprocher de l’afa (association de patients), des médecins du service médical du laboratoire.
Il faut s’assurer d’être bien assuré en cas de problème. Un séjour à l’étranger se prépare dans les deux mois qui précèdent le départ.
Partir rassuré, c’est partir avec un service d’assistance qui vous répondra bien et qui organisera toute la filière et pourra solliciter le gastro-entérologue du patient en France.
 

Les autres vidéos

vous n'êtes pas seul AbbVie
Avec le soutien  AFA ANGH CREGG GETAID SNFGE